Vers page d'accueil Université de Toulouse - Jean Jaurès Vers page d'accueil Université de Toulouse - Jean Jaurès
Accès ENT

Actualités

Vous êtes ici : Accueil > Actualités


Au spectacle de la religion. Colloque jeunes chercheurs

du 17 mai 2017 au 18 mai 2017
dès 9h

Au spectacle de la religion : engagements individuels et constructions de communautés invite à se questionner sur la place active du spectateur dans les mises en scènes spectaculaires du rituel dans les sociétés anciennes.

Affiche-colloque-1-light.jpg

Affiche-colloque-1-light.jpg

Ludivine Beaurin, PLH-ERASME
Adeline Grand-Clément, PLH-ERASME
Loussia Da Tos, TRACES-RHAdAMANTE
Matthieu Soler, PLH-ERASME, TRACES-RHADAMANTE



Objectifs du colloque
Les études antiques ont admis le caractère profondément pluriel des pratiques religieuses qui sont articulées, en particulier, au politique, au culturel ou encore aux modèles éducatifs. Le lien entre religion et spectacle, souvent évoqué dans les études sur les religions anciennes, n’a suscité à ce jour que peu d’études approfondies . Ainsi, on ne peut que regretter, avec Angelos Chaniotis, qui s’intéresse particulièrement aux émotions suscitées par la mise en scène rituelle, que les matériaux sur ce type de questions ne soient jamais systématiquement recueillis et mis en relation . Pour cette raison, le colloque se propose d’engager la réflexion sur le lien entre religion et spectacle, dans le cadre d’une aire déterminée, celle de l’Antiquité gréco-romaine polythéiste.
La polysémie du terme latin spectacula, désignant aussi bien « ce que l’on voit » que « le lieu d’où l’on voit », soulève une première difficulté : le caractère extrêmement large des champs d’investigation. Le rite implique un échange de regards complexe entre les hommes et les dieux, faisant des espaces où il se déroule des lieux de spectacle. La vision, qui suppose une certaine distance, n’est pas la seule sensation mobilisée. Nous souhaitons nous intéresser, dans le cadre du rituel, aux éléments « spectaculaires » qui font non seulement partie intégrante du rite et de son efficacité, mais qui lui donnent aussi plus de lustre, précisent son sens ou encore augmentent l’honneur fait aux dieux. Conçus par une autorité à destination d’un public ils s’intègrent à une séquence ordonnée et régulée implicant des modes d’action ayant un effet émotionnel. De fait, le rite est une mise en scène polysensorielle usant de stratégies telles que la musique , les drames sacrés , les processions. Autrement dit, les interventions s’intéresseront aux éléments qui, au-delà de l’expression la plus simple de la communication avec les dieux, ajoutent un caractère « spectaculaire » aux célébrations religieuses : que ce soit par le lieu choisi, par le caractère exceptionnel du rite, par la présence, en plus du sacrifiant, d’acteurs jouant des drames sacrés ou offrant, en plus de la nourriture et des substances olfactives issus du sacrifice, un spectacle visuel, sonore, tactile.
La mise en relation d’un espace délimité, d’une mise en scène du rite, d’organisateurs, d’acteurs et de spectateurs crée une communauté rituelle avec ses réseaux de gestes, de croyances, de valeurs et de hiérarchisation sociale. L’étude des spectacles permet de renforcer l’idée que cette communauté est aussi émotionnelle, dans la mesure où ils amplifient peurs et espoirs, renforcent l’efficacité et le sentiment d’être en contact direct avec le divin, ou encore agissent sur la mémoire de l’événement auprès des individualités jouant un rôle dans les célébrations . L’objet de l’étude est donc bien le public, pris collectivement et individuellement, qui, par différents modes de participation émotionnels et sensoriels, est acteur de cette construction. Dans ce cadre nous souhaitons d’abord penser le spectacle dans le contexte religieux comme un temps d’interactions entre les hommes et le divin, mais également entre les mortels eux-mêmes, offrant à la communauté de multiples possibilités d’identification. De ces interactions, nous conservons une trace matérielle à travers les données archéologiques, mais aussi des mises en récit d’expériences qui nous permettent d’interroger la façon dont la communauté, réunie dans un moment de communication avec le divin, vit l’instant à travers les préoccupations communes et individuelles. Il s’agit donc, en examinant les rôles et places des commanditaires, des prêtres, des acteurs, du public, d’être attentifs aux contextes et aux fonctions des manifestations, afin de déterminer la part d’action de chacun dans l’honneur fait aux dieux que représente le spectacle religieux : est-elle spontanée, orientée, contrainte ? Quelles sont ses formes et ses objectifs ? Comment mesurer la différence entre l’expérience d’un drame sacré donné dans un sanctuaire et celle d’une représentation mythologique, sous le regard des statues de culte, dans le théâtre ou l’amphithéâtre ?
Le thème du colloque invite donc à s’interroger sur la relation entre religion et spectacle en tant que stratégie d’action qui met en scène une communauté et des individus donnés, à un instant donné, dans un lieu précis, avec des objectifs définis et des effets plus ou moins prévisibles notamment sur les émotions des différents acteurs. Les performances accompagnant le sacrifice, les libations, les dons d’encens, les prières et les pratiques divinatoires relient les espaces, du temple au théâtre, et les individus, de l’étranger au citoyen, et permettent de préciser la fonction et la nature du rite et des manifestations l’accompagnant.
Nous souhaitons aborder cette thématique à travers quatre principaux axes de réflexion qui peuvent se recouper. Le premier est la question de la mise en scène des hiérarchies : placé dans un espace-temps politique défini par Paul Veyne, le spectateur est conduit à percevoir son degré de participation aux jeux à la place qui est la sienne dans la société. L’anthropologie de l’expérience mène également à questionner le concept controversé de « communitas » défini par Victor Turner comme un état d’égalité, d’humanité commune, en dehors des distinctions, hiérarchies et rôles sociaux habituels . Le deuxième axe s’intéresse donc au principe des multiples compositions et recompositions de communautés rituelles et de la place en leur sein des individus et de leur propre perception de l’expérience religieuse . Le troisième axe vise à s’interroger sur la matérialité des mises en scène spectaculaires, en particulier à travers le cadre architectural des actes de culte. Le cadre renforce l’immersion de la communauté dans le processus de communication avec le divin et étend le sens et le poids du sacrifice ou de l’offrande . Il faudrait de même s’interroger sur les représentations de cette matérialité dans les images des drames sacrés et autres rituels spectaculaires. Celles-ci prolongent non seulement l’expérience religieuse des spectateurs/acteurs, mais elles ajoutent également aux honneurs faits aux dieux et permettent de préciser la nature de la divinité et de ce que l’on attend d’elle. Enfin, un dernier axe de réflexion sur les différences entre les mondes grec et romain a pour ambition de déterminer les différences et les évolutions des pratiques, des recompositions hiérarchiques, dans une perspective tout autant synchronique que diachronique. L’objectif global de ces quatre axes est de préciser les modalités d’un choix pragmatique : quand, comment, pourquoi et avec quels effets sur l’individu et la communauté décide-t-on d’associer à un sacrifice, une libation, ou tout autre acte de culte, des festivités collectives, un drame sacré, des danses, de la musique, ou tout autre représentation réalisée dans l’aire sacrée ou en connexion avec elle ?

Programme [DOCX - 18 Ko]

Lieu(x) :
Maison de la Recherche salle D29

rédigé par Matthieu Soler

mise à jour le 1 mai 2017


Version PDF | Mentions légales | Conseils d'utilisation | Lien vers RSSSuivre les actualités | haut de la page